Louise, l'atelier

blog plastique et poétique - présentation de mon travail - écriture, dessin, peinture et autres images - ainsi que quelques réflexions à propos de tout, de rien et d'autres choses...

21 juin 2009

Photo

PICT0031_copier

Cette photo et celle de mon profil sont de Marianne Pastre...à suivre....

(Tous droits réservés)

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05 mai 2009

Entrer dans...

trag1


Entrer dans le mouvement
du bout des doigts
ou du corps
entier

C'est entrer
dans la caresse
et l'étreinte

Là où le souffle
renaît

un peu

comme une évidence

oubliée

trag2mais toujours

à la lisière de la

peau








L.B 2009

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23 avril 2009

Images (Inland)

Vu ces derniers jours, Dans la brume électrique, le dernier film de Tavernier, et Inland, de Tariq Teguia. Des univers sans doute très différents, mais j'ai aimé la même chose dans les deux (que j'ai vraiment beaucoup aimés pour d'autres raisons aussi...vraiment deux chefs d'œuvres), c'est d'une part la liberté et la force esthétique avec lesquelles la caméra évolue pour produire les images, leurs qualités, et le lien profond et signifiant entre cette manière de faire l'image, et le propos, politique et cinématographique.

Une manière politique de fabriquer une esthétique.

Classiquement, on parlerait d'une articulation très forte entre le fond et la forme. Soit, mais ça ne suffit pas.
Je dirais plutôt que le geste esthétique est une manière politique. Et c'est là que ça devient intéressant, me semble-t-il.

De ce fait, dans ces deux films, il y a une grande audace.
Inland est, en ce sens, certainement le plus radical des deux. Mais pas radical dans le sens "extrêmiste" du terme, radical dans le fait qu'il va très loin dans la manière, que ce que porte cette radicalité n'est pas du fanatisme, c'est au contraire à mon sens une manière de "fabriquer" (au sens où l'artisan fabrique) de la démocratie.
Dans le film, à certains moments, on entend justement des discussions politiques entre plusieurs personnes ce point de vue qui ressort : l'intellectuel n'existe pas, l'intellectualité traverse les gens " (désolée, la citation n'est pas au mot près, mais l'idée est bien celle-ci, la pensée est à chacun, il faut la percevoir et s'en emparer, elle n'appartient pas au seul "intellectuel").
Mais bien sûr, ça ne suffirait pas de le dire pour que le film soit en lui-même une "forme de démocratie."

Et je ne veux pas tant parler ici des thèmes abordés, qui y sont bien sûr pour quelque chose...le racisme, la liberté politique et la démocratie jusement...

Alors c'est peut-être le temps, que l'on perçoit comme le temps du désert, ou le temps infini qu'il faut parfois pour se familiariser avec ce qui nous est "étranger" ou nous paraît étrange. Toujours est-il qu'à la fin du film, je me suis sentie presque familière du désert...qui m'a toujours fascinée, mais dans lequel je ne suis jamais allée.
Le temps du désert qui permet presque d'éprouver, en tout cas de ressentir en profondeur un peu de ce que vivent les personnages, c'est-à-dire des situations dures, voire quasiment désespérées.

Je ne suis pas sortie désespérée pour autant, plutôt comme si tout au long du film (et je pourrais dire la même chose pour le film de Tavernier), les images nous façonnaient pour nous apprendre un peu à faire avec des réalités insupportables pour ceux qui s'y trouvent directement confrontés. Faire avec, au sens "d'être avec", au moins le temps du film, et briser justement ce qui parfois nous apparaît si loin que nous oublions de nous sentir concernés. Politiques, donc, dans le sens où ces films amènent à la conscience ce qui court parfois un peu trop loin de nos vies...

On pourrait dire aussi que ces films - je pense particulièrement à Inland - font de nous non seulement des spectateurs, mais nous convient sans nous lâcher, de bout en bout à ressentir, comme une expérience (pas au sens cobaye du terme...) quelque chose qui s'inscrit dans du vécu...pas de la contemplation, une sorte de vécu...hum. Quelque chose, érigé en acte artistique, qui rapproche. Voilà en fait ce qui me paraît démocratique...

Bon, allez-y, vous me direz.

Et j'oubliais, les images, les sons... sont tout simplement magnifiques.

01 avril 2009

Lecture-Performance

Nous vous attendons à la Lucarne des écrivains le 11 avril à 19h30 !

Pour ma part, je présenterai Géopolitique de l'amour, video-poème-performance.

A très bientôt !

Louiselectures_librairie_l_455826

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19 mars 2009

Ce qui...

Ce qui se dit, ce qui s'échange
Ce qui
s'offre

Ce qui advient, ce qui vit,
ce qui existe, ce qui
respire

Ce qui s'esquisse, qui se dessine,
Ce qui s'espace
et qui
vibre

Ce qui s'écoute, ce qui s'entend
Ce qui devient
audible / ce que je parviens à
entendre

Ce qui apparaît, ce qui émerge
Ce qui se cristallise et se défige

Ce qui doute et submerge
Ce qui innerve et invente
ou réinvente

Ce qui advient et qui engage
Ce qui se produit et se crée

Ce qui se poétise

brouillage

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15 mars 2009

KERNEL-the deep

KERNEL
ensemble électronique live

Eryck Abecassis _ Kasper T Toeplitz _ Wilfried Wendling



Cela s'est passé à l'Atelier 4, au 104, rue Curial à Paris. C'était un concert couché, comprenez, au lieu de rester assis pendant la durée du concert, l'idée était de s'allonger pour écouter. Possibilité d'être ainsi saisi, voire "balayé" ou emporté par la musique, les sons. Les épaisseurs plus ou moins denses de sons.

La musique. Ils étaient trois. Et la musique était partout. Des vagues, intérieures, plutôt, des cris lointains, l'approche des gouffres ou le presque silence. Des vibrations, des flux sonores, formant une sorte d'enveloppe sonore, plutôt opaque, plutôt dense. Des nappes sonores travaillées, ciselées dans leur densité même.
La musique est partout, dans l'espace de la salle et on dirait qu'elle peut porter nos corps, nos corps allongés, qui pèsent de tout leur poids sur le sol.

Image forte aussi, des maîtres d'œuvre, penchés sur leurs écrans.

Yeux fermés, ou pas. Corps détendus, ou non. Sensation de flottement, "d'embarquement". Nécessité de lâcher sur nos tensions pour se laisser traverser par les sons. Ne pas se durcir, une forme d'acceptation est à l'œuvre pour se laisser ainsi happer/enrouler/dérouler par les vents vibratoires, parfois contraires ou déroutants.

La musique comme expérience du corps. Le plus directement possible, pour ainsi dire, c'est-à-dire sans médiation aucune d'une mélodie ou de "quelque chose à quoi se raccrocher".
Quelque chose de l'expérience des limites, sans aucun doute.
De l'expérience des profondeurs. The deep.

Dans un temps suspendu. Dans un renversement surprenant de notre perception habituelle de l'espace-temps.

C'est beau. Très beau.

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21 février 2009

Les plages d'Agnès (Agnès Varda)

Je suis allée voir ce film hier soir et j'ai adoré. C'est une très jolie leçon de cinéma en même temps qu'un poème et une œuvre autobiographique, un film délicat et tendre, de ceux qui rendent joyeux malgré la tristesse qui en émane aussi. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ressenti cette sensation de joie en regardant un film, une joie profonde, intime qui vient du fait que le cinéma est à la fois jeu et gravité, une alchimie qui permet de se tenir émotionnellement vivant en créant, recréant la réalité, sans d'ailleurs la déformer, tout simplement en la partageant autant qu'en la montrant. Ou le cinéma comme acte.

J'ai aimé la pudeur et l'indécence de ce film, ses images et les couleurs qu'il donne à la vie, au temps, à la mémoire et au présent, son hommage au cinéma et aux cinéastes, acteurs et à toutes les personnes qui en font ce qu'il est.

En somme, ce film est audacieux et rieur, il communique à ceux qui le regardent un de ces sourires intérieurs qui ne nie pas la réalité, mais qui font la supporter un peu mieux.

A voir et à revoir sans doute.

Je rajoute donc : Félicitations à Agnès Varda pour ce César qui honore le cinéma !

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13 février 2009

Paysages

mur1fum_e1     Paysage
      partant

     Paysage
             en

     Paysage
        fumée

     Paysage
        absence

     Paysage
       présence

    

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24 janvier 2009

Accalmie

Rechercher l'accalmie lorsque le ciel
se déchire
une fois de plus éventré par les nouvelles
mortifères qui traversent
l'espace et ébranlent
l'écorce
terrestre

Nouvelles du monde
et parfois proches

ce qui brise
ce qui divise
ce qui répare et
cicatrise

Rechercher l'accalmie
en soi dans le tumulte
éhonté
des multiples violences

trouver un peu
de ce qui apaise
le cœur

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07 janvier 2009

Articles à lire

http://www.lepost.fr/article/2009/01/07/1377239_surenchere-tragedie.html

http://www.respectmag.fr/spip.php?article727

Impossible de se taire...

26 décembre 2008

Etat d'être

Etre, sans avoir le sentiment d’être. Etat d’être.
Être sans avoir le sentiment particulier d’exister aux yeux des autres. Etre sans. Se sentir sans. Se sentir être pourtant.

Dénuée de. Pas forcément vide pour autant, mais dénuée de.
Se déposséder de soi-même. L’impression d’être dépossédée d’une partie de soi-même. Chercher cette partie de soi. Impression concommittante de commencer à percevoir un éclat de soi jusque-là inconnu. Effet de surprise. Fin ou début, inconnu.
Quelque chose du temps qui se dérobe et s’offre à la fois. Image douce, entrevue, à travers un nouveau miroir. S’apercevoir de loin. Avancer peut-être plus résolument vers cette part de soi, assez intrigante.

Se voir différemment grâce au regard qu’une personne pose sur vous. C’est doux. Pour une fois pas angoissant. Avoir été vue. Sans peur. Sans appréhension excessive.
Quelque chose d’infiniment doux et pénétrant s’est produit.
Subrepticement ou presque.

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17 décembre 2008

Là où l'espace ne chute pas

Crise. Malheur. Nerfs en feu, en boule, en crise. Les mots me rejettent, il me refoulent, me désespèrent et ils m’empêtrent. Ces mots qui m’assassinent, me violentent, me torturent et me haïssent. Ces mots qui me malmènent le corps, le pétrissent, le sadisent, le violent pour ainsi dire, le calment, le rendent inerte, l’agitent, le bouleverse, le tuent de l’intérieur. Ces mots qui m’ont brûlée vive, sacrifiée sur l’autel des victimes expiatoires. Ces mots qui m’ont nommée, désignée, aimée, caressée pour mieux me happer et me détruire, ces mots qui m’ont piégée en somme. Dès le départ. Ceux qui frôlent mon cœur chaque jour, me détruisent ou me rendent ivre de bonheur, me sapent ou me raisonnent, les mots la langue sont mes meurtriers, mes assassins et ce sont eux qui me font respirer, vivre, bouger, marcher…voire exister. Très certainement exister.
Pour le moment, ils me harcèlent sans me laisser respirer. Ils agissent en moi comme des flèches assassines, me percent, entament ma chair laissant d’invisibles et multiples traces, puisant dans les douleurs anciennes pour en extirper leur venin et rouvrir les souvenirs infects. Je les avale, je les recrache, ils m’enveloppent et m’enserrent, parfois se transforment et métamorphosent quelque chose sur leur passage,
Un éclat de brillance, une fulgurance vivante, quelque chose qui se perd, autre chose qui éclot

« être attentif à ce qui croît », comme un mot d’ordre, alerte rouge à l’intérieur ou au contraire, signal d’une détente possible en ce corps convulsé de mots

comme hanté de morts, fantômes étranges contre lesquels il faudrait se battre sans jamais avoir le dessus, perte indicible

et ce qui renaît à la vie.

Les mots me trahissent-ils ? Ou bien est-ce que ce sont les morts que mon corps abrite malgré moi ? Ont si longtemps habité à mon insu ? Ces souvenirs qui ne m’appartiennent pas et sont pourtant là, enfouis dans ma chair, dans mon ventre. Mais pourquoi ???? crie-t-elle dans un moment de folie sans issue, dans un moment où les mots ne suffisent tout simplement pas, ou peinent à dire, ou n’existent pas encore, ne sont pas

Là.

Là où l’espace ne chute pas. Là où.

Je ne sais pas ce que les mots trahissent de moi ou non. Je sais seulement que c’est l’amour des mots qui me porte. Qui porte mon corps. Même en le gauchissant. Même en tentant constamment de l’annihiler d’en prouver une sorte de non-existence…
Violence intérieure. Quelque chose du déchirement. D’un déchirement perçu comme organique. Seulement organique.
Mais pour l’heure, je ne sais pas même plus ce qu’est l’amour des mots, ils me rejettent à moins que ce ne soit moi. La faille est là. Parce que partout pourtant j’écris sans cesse. Parce que partout pourtant j’écris sans cesse, mais loin de me retrouver, il m’arrive de me perdre encore plus. Les mots m’emportent, là où je ne suis peut-être pas encore, ils me précèdent, mais je me sens parfois perdue, détresse, perdue, comme chutant dans l’abîme des morts.

Pourtant je suis vivante. Là où l’espace ne chute pas.

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06 décembre 2008

Les mots me manquent

Les mots me manquent souvent pour dire ce qui m'étreint
ce qui m'éteint parfois
me soustrait aux regards
et me fait me déclarer absente au monde
aux autres
et en un sens, à la vie

Les mots me manquent souvent pour dire ce qui me taraude
et me hante
comme des fantômes sombres
sans dessein
et souvent sans objet
- en tout cas sans objet bien défini -
mais errent en moi à l'état de menace
implicite, qui ne dit pas son nom
mais bien présente

Les mots me manquent pour effacer ces ombres
et ces menaces
angoisses
qui attaquent la chair de la vie
à coups de becs aigus
à coups de griffes
qui me labourent le cœur

Les mots me manquent pour dire le silence
qui m'absorbe alors
et m'engloutit parfois
comme quelque chose de la mer
avale ceux qu'elle aime

Les mots me manquent encore pour dire la foi et la force
que je mets malgré tout à vivre
hors du combat parfois sans merci
qui se livre en moi
à l'insu de ma volonté

Les mots me manquent en silence
et forment cette plainte lancinante
qui me court à travers le corps
jusqu'à me faire trembler
en une sorte de cri muet

que je commence néanmoins
à savoir quelque peu
articuler

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22 novembre 2008

Performance lecture Lire en fête Xérographes

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04 octobre 2008

Lire en fête

LIRE EN FÊTE
À L'ATELIER DES XÉROGRAPHES
AUTOUR DE LA REVUE XERO/6
LE SAMEDI 11 OCTOBRE

17 H • LE CAFÉGRAPHIQUE ouvert à tous
19 H • PERFORMANCE DE
Louise Brun sur fond de vidéo
20 H • SLAM EN VUE – scène ouverte
(un texte dit un verre offert)

EXPOSITION DES ŒUVRES ÉDITÉES DANS LA REVUE

Du jeudi 9 au dimanche 12 Octobre, le Collectif des éditeurs du 18e (l’Asiathèque, Artena, Janus, Tirésias, Thesaurus,
Le Tisserand des Mots, les Xérographes, Peau de Lapin, Tournemire, Revif, Demi-Lune, Le Passager Clandestin, Magellan, La Ruche des Arts)
font salon à la Halle Saint Pierre
2 rue Ronsard 75018

A très bientôt !

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Une heure de cours, ou presque

Vendredi, 16h05. La fin de la récréation vient de sonner. Le temps de récupérer les élèves de ma classe, enfin pas tous parce qu'ils sont encore disséminés un peu partout dans la cour, ou dans les couloirs, et nous montons. Direction, salle A 15 pour le dernier cours de la journée et de la semaine. Classe de troisième. Pas toujours très motivés. Mais bon. Cours prévu, français. Séquence théâtre, Bérénice. Et l'interrogation. Ou comment se poser des questions. Parce que l'enseignement, c'est ça aussi, apprendre aux élèves à se poser des questions. Enfin, il me semble. Leur apprendre à ne pas seulement apprendre la vie et les conditions de réalité souvent désastreuses dans lesquelles ils vivent seulement par cœur, mais apprendre à les interroger, comme il est nécessaire d'apprendre à interroger les textes et le savoir pour comprendre. Essayer de prendre un peu de recul et subir un peu moins. Subir un peu moins de tensions, peut-être. Et d'agressivité, de celle  que l'on ressert comme une mauvaise soupe et qui passe de mains en mains, de bouche en bouche, pour le meilleur et le pire. Pour le meilleur parce que ce qui pose question fuse. Pour le pire parce que le cours n'avance pas. Pour l'heure, rien de gagné. Mauvaise heure.

 

Nous montons. Problèmes à l'horizon. Quelques élèves qui n'ont d'ailleurs rien à faire là passent et repassent devant une porte ouverte sur une salle de classe. Font du bruit, interpellent et dissipent les élèves déjà entrés. Une porte claque violemment. Un prof excédé. J'essaie de disperser ceux qui n'ont pas cours là, tout en faisant se ranger ceux de ma classe. Tensions, une insulte fuse (à mon égard). Ce n'est pas un élève de ma classe. Aucun autre adulte que moi dans le couloir. C'est comme ça, tout le monde est occupé ailleurs. Me sens un peu seule. Nous rentrons finalement en classe. Dix minutes de cours de perdues. Bruits, commentaires, bavardages. Bérénice, un peu. Difficile de faire cours, ce soir, comme à pas mal d'autres heures, il faut le dire. Plusieurs élèves voudraient bien travailler pourtant. Plusieurs élèves travaillent, pourtant. Je trouve qu'ils ont du courage. Bérénice n'a pas l'air de leur déplaire, malgré la longueur de la scène qu'ils ont à lire. Ils font clairement des efforts. Ce n'est pas simple. Un élève sera exclu du cours peu de temps avant qu'il ne se termine.

 

17H. Fin du cours, de la journée, de la semaine. Me sens tendue, nerveuse, et frustrée que cette heure ne se soit pas mieux passée, n'ait pas été plus productive. Mais c'est fini pour le moment. Enfin, jusqu'à lundi. Je suis inquiète parce que l'ambiance dans l'établissement est déjà très tendue en ce début d'année. Nous ne sommes que début octobre. Le 3 octobre, c’est-à-dire à un petit mois de la rentrée. Jamais celle-ci n’aura été aussi tendue depuis que j’enseigne ici. Jamais je n’aurai ressenti autant de nervosité et pourtant, je le sais, dans certains établissements, l’ambiance est déjà bien plus dégradée.



 

Voilà, ce n'est pas "Entre les murs", que je n'ai encore ni vu, ni lu. Mais que j'irai voir. Juste le récit d'une heure de cours, somme toute assez banale, dans un collège ZEP du 93.

21 septembre 2008

Paroles

Il me semble que je ne sais plus écrire. Ou que je n'ai plus rien à dire. Ou rien à dire tout court. Les idées ne me viennent plus, je ne sais plus de quoi parler, ni comment. Je bute sur les mots. Rien ne me plaît de ce que j'écris en ce moment. Je ne me sens même pas négative, juste vide de mots. D'idées. Je  me demande pourquoi je parlerais de cela plutôt que de quoi que ce soit d'autre. Me dis qu'il faudrait parler de presque tout, tellement de choses vont mal. Mais je manque de mots. Il y a sans doute trop à dire et je me sens noyée. Je trouve le monde éprouvant. Quant à moi, j'ai un peu le sentiment de tourner en rond. Je suis tendue et les mots viennent difficilement. Le plaisir est pourtant là à chaque fois que je mets des mots sur quelque chose qui m'importe, me tient à cœur. Je crois que je suis juste un peu trop en colère pour articuler vraiment mes pensées. La société va mal et ça me stupéfie un peu, je veux dire, la vitesse à laquelle beaucoup de choses semblent se déliter.

Je me demande aussi parfois à quoi bon. A quoi bon dire, écrire. L'impression que mes paroles, mais pas seulement les miennes, que les paroles, je parle de celles qui ont un peu de sens, ou tentent d'en avoir, sont de moins en moins entendues. Certaines en deviennent de moins en moins audibles. D'autres résistent. Mais c'est un peu comme si l'image que j'avais des mots prononcés était de les voir se fracasser contre des murs. Pas toujours bien sûr. Heureusement. Mais souvent. Beaucoup trop souvent. Comme si les mots tentaient à chaque fois d'ouvrir des brèches dans les murs, mais s'y heurtaient et finalement s'y brisaient.

C'est une image tragique. L'impossibilité d'être entendu, le constat amer que les mots ne sont pas suffisamment forts, ou puissants pour ébranler les murs. C'est un constat douloureux, celui d'un monde qui bruisse, mais se tait de plus en plus, tend à se perdre dans un silence vertigineux et bavard, à s'ensevelir sous des flots de paroles qui cherchent seulement à taire ou à faire taire. J'ai l'impression de ressentir violemment le pouvoir castrateur que celui qui détient une parole d'autorité peut exercer sur une autre personne. Je me sens tue, en ce moment. Victime de l'injonction d'un locuteur anonyme qui m'enjoindrait de me taire, sans que je sache pourquoi, et sans que je puisse véritablement me défendre. Le paradoxe est que pour me défendre, je dois précisément parler, c'est-à-dire faire ce que ce locuteur anonyme prétend m'interdire. Prétend et réussit parfois à m'interdire. Mais ces injonctions contradictoires me mettent mal à l'aise. Elles témoignent d'un rapport de force qui m'échappe, dont les forces en présence m'échappent encore.

Je n'ai aucune envie de me taire. C'est seulement que parfois, et surtout quand je le souhaiterais, les mots ne viennent pas. Ou pas comme je voudrais, ou pas comme il "faudrait", je ne sais pas. Contrairement aux apparences, lorsque nous parlons, notre parole, que nous croyons façonner, apparaît parfois comme complètement façonnée, et même mise à mal ou empêchée, par la parole des autres. Paroles passées ou présentes, les paroles témoignent d'un processus mental qui engage et anime chaque être parlant. A travers ses paroles, un être se livre et se délivre à la fois, joue et rejoue le déroulement du temps pour son propre compte, modifie les équilibres, les rapports de force, autrement dit l'architecture de sa parole "interne". Modifie son propre rapport au plaisir ou déplaisir de vivre, les nourrit, les renforce ou les allège.

Peut-être cela est-il particulièrement sensible dans des périodes de transition, ou les périodes de crise. Là où les forces vives de la parole sont nécessaires, mais nous font parfois défaut...


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12 septembre 2008

Contradictions

Je me demande parfois si ce n'est pas les contradictions qui nous font avancer.

S'en apercevoir, tenter de les résoudre. Par exemple, le temps. La sensation étrange que le temps pas à la fois vite et très lentement. Dans plusieurs situations, la sensation que le temps passe extrêmement lentement et que l'ennui domine. Dans d'autres, qu'il passe tout aussi lentement, mais que c'est un plaisir. Celui de profiter pleinement, calmement, presque sereinement de chaque seconde qui passe.

Et dans le même temps, savoir que le temps passe vite, extrêmement vite même. Que bientôt l'on sera au bout de la journée, de la semaine, du mois, que les années s'enchaînent à un rythme effrené quels que soient les ralentis que l'on peut essayer d'y imprimer. Pour mieux le sentir. Jouir de la vie est, pour moi, en premier lieu, une jouissance du temps qui passe. De fait, me sentir confrontée à l'Ennui me procure un déplaisir pénible. Lorsque je parle d'ennui, il ne s'agit pas de ne pas savoir quoi faire, ce qui n'est pas forcément désagréable. Mais plutôt de l'ennui comme tourment, dans un sens plus ancien et plus fort du terme. Celui qui vous fait ressentir tristesse et parfois amertume, l'ennui proche d'une mélancolie profonde, tenace, presque constitutive. Je déteste cet ennui-là. Je n'aime pas le ressentir, ni même l'approcher, il me fait fuir. Lorsque par obligation et malgré moi, j'y suis confrontée, je suis obligée de le tromper. Tromper l'ennui. Voici une tâche quotidienne qui ne doit pas trop nous submerger si l'on veut rester bien vivant. Solide sur ses deux jambes.

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06 septembre 2008

Imaginer l'amour...

...parce que ce n'est pas si simple de savoir comment aimer, ni ce que c'est qu'aimer, et être aimée.
Enfin pour moi, ce n'est pas si simple. Et l'écriture est aussi cela, imaginer l'amour.
Comprendre ce que cela n'est pas, c'est déjà tout un programme.
Imaginer ce que c'est, c'est ouvrir la porte à beaucoup de formes, de couleurs et de compositions possibles. Un peu comme balayer les champs infinis d'espaces peu ou non connus.
Ce n'est pas juste prendre la mesure du réel, ou du manque, ou des êtres aimés, c'est percevoir ce que créent les rencontres, les émotions qui en découlent, et les conséquences heureuses, même si parfois douloureuses, qui en résultent. C'est abandonner quelque chose de la violence à soi pour s'autoriser quelque chose de la joie. Par exemple. C'est ressentir et chercher à mettre en mots ces bouleversements intérieurs qui ne manquent pas de se produire lorsque ce qui rapproche est non feint, et embarque ainsi les "corps d'âmes", faisant ainsi progressivement baisser la garde, (re)trouver la confiance.

C'est un exercice qui peut se révéler périlleux, d'autant qu'imaginer l'amour n'est jamais un exercice "gratuit", ni anodin, me semble-t-il. Et que cette imagination n'est sans doute possible que lorsqu'elle est suggérée par la réalité. Cela bouleverse alors profondément, peut modifier les repères intérieurs, ouvrir des portes jusque-là vérouillées, et faire tomber des murs. De ceux qu'on ne s'imaginait même pas franchir un jour. Un peu comme si l'imagination devenait capable d'aller au-delà d'elle-même.

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29 juin 2008

Ecrire des lignes

Lorsque l'écriture prend forme, elle forme au sens strict
Des lignes. Horizontales en ce qui concerne l'écriture française
que j'utilise.
Peu de choses à dire, donc, sur cette forme,
sinon qu'elle apparaît à la fois comme une contrainte
et une facilité
reposante.

Ecrire, c'est "faire des lignes". Les faire
se tenir
les unes en dessous des autres
en justifier intérieurement
la longueur, surtout si l'on ne respecte pas exactement
la largeur
de la page.

C'est disposer des bribes
de pensée
dans un espace
prédestiné.

C'est parfois tenter de
mettre de l'ordre dans
ses pensées, ou
simplement
les faire apparaître
les observer.

Disposer les mots sur les lignes
c'est être, même juste un peu,
en train de faire émerger
la pensée. C'est la faire
passer
du stade d'embryon
à celui de chrysalide
voire de papillon
ou de texte.

Comme la parole est parfois
le prélude
à un texte plus
construit.

Ecrire, c'est dessiner
des formes qui nous relient
au monde et nous
font renaître
à nous-mêmes.

DSCF0129

               

lignes2

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