Vendredi, 16h05. La fin de la récréation vient de sonner. Le temps de récupérer les élèves de ma classe, enfin pas tous parce qu'ils sont encore disséminés un peu partout dans la cour, ou dans les couloirs, et nous montons. Direction, salle A 15 pour le dernier cours de la journée et de la semaine. Classe de troisième. Pas toujours très motivés. Mais bon. Cours prévu, français. Séquence théâtre, Bérénice. Et l'interrogation. Ou comment se poser des questions. Parce que l'enseignement, c'est ça aussi, apprendre aux élèves à se poser des questions. Enfin, il me semble. Leur apprendre à ne pas seulement apprendre la vie et les conditions de réalité souvent désastreuses dans lesquelles ils vivent seulement par cœur, mais apprendre à les interroger, comme il est nécessaire d'apprendre à interroger les textes et le savoir pour comprendre. Essayer de prendre un peu de recul et subir un peu moins. Subir un peu moins de tensions, peut-être. Et d'agressivité, de celle  que l'on ressert comme une mauvaise soupe et qui passe de mains en mains, de bouche en bouche, pour le meilleur et le pire. Pour le meilleur parce que ce qui pose question fuse. Pour le pire parce que le cours n'avance pas. Pour l'heure, rien de gagné. Mauvaise heure.

 

Nous montons. Problèmes à l'horizon. Quelques élèves qui n'ont d'ailleurs rien à faire là passent et repassent devant une porte ouverte sur une salle de classe. Font du bruit, interpellent et dissipent les élèves déjà entrés. Une porte claque violemment. Un prof excédé. J'essaie de disperser ceux qui n'ont pas cours là, tout en faisant se ranger ceux de ma classe. Tensions, une insulte fuse (à mon égard). Ce n'est pas un élève de ma classe. Aucun autre adulte que moi dans le couloir. C'est comme ça, tout le monde est occupé ailleurs. Me sens un peu seule. Nous rentrons finalement en classe. Dix minutes de cours de perdues. Bruits, commentaires, bavardages. Bérénice, un peu. Difficile de faire cours, ce soir, comme à pas mal d'autres heures, il faut le dire. Plusieurs élèves voudraient bien travailler pourtant. Plusieurs élèves travaillent, pourtant. Je trouve qu'ils ont du courage. Bérénice n'a pas l'air de leur déplaire, malgré la longueur de la scène qu'ils ont à lire. Ils font clairement des efforts. Ce n'est pas simple. Un élève sera exclu du cours peu de temps avant qu'il ne se termine.

 

17H. Fin du cours, de la journée, de la semaine. Me sens tendue, nerveuse, et frustrée que cette heure ne se soit pas mieux passée, n'ait pas été plus productive. Mais c'est fini pour le moment. Enfin, jusqu'à lundi. Je suis inquiète parce que l'ambiance dans l'établissement est déjà très tendue en ce début d'année. Nous ne sommes que début octobre. Le 3 octobre, c’est-à-dire à un petit mois de la rentrée. Jamais celle-ci n’aura été aussi tendue depuis que j’enseigne ici. Jamais je n’aurai ressenti autant de nervosité et pourtant, je le sais, dans certains établissements, l’ambiance est déjà bien plus dégradée.



 

Voilà, ce n'est pas "Entre les murs", que je n'ai encore ni vu, ni lu. Mais que j'irai voir. Juste le récit d'une heure de cours, somme toute assez banale, dans un collège ZEP du 93.