Je dois l’avouer, la chaleur m’accable. La maison apporte un peu de fraicheur, mais je me sens cernée par le manque d’air. C’est un dimanche calme. Rien de particulier de prévu, ce qui n’est pas si mal finalement.

 

Un air de jazz à la radio. Pas désagréable, loin de là, j’aime bien Billie Holliday, mais aujourd’hui, cela me rappelle cette ambiance un peu délétère d’une soirée à l’ambassade de France en Tunisie, il y a plusieurs années maintenant. Je faisais partie à l’époque d’une compagnie de danse et nous étions en tournée. C’est donc à ce titre que nous avions été invités. J’avais été surprise de l’état d’esprit qui y régnait. Je ne dis pas que toutes les personnes qui s’y trouvaient avaient la même conception des choses, bien sûr. Mais j’avais vraiment eu la désagréable « impression » que la culture française régnait là-bas comme une culture supérieure chargée d’en « civiliser » une autre. C’était dans les années 80.

 

En d’autres termes, cela avait été ma première rencontre (non, pas la première, en fait, mais une de celles qui m'a le plus marquée) avec la mentalité néo-coloniale, qui se traduisait encore et toujours par un complexe de supériorité des uns sur les autres. Ça a été pour moi un choc. Et je n’ai jamais « compris » que notre chauffeur doive manger dehors alors même que la famille de l’ambassadeur occupait une des plus belles maisons de la ville.  Je me souviens de la beauté de l’architecture de la maison, de la beauté des paysages et de la vue que nous avions des toits et terrasses, et de mon indignation.

 

Je n’étais pas la seule, d’ailleurs, à avoir été choquée. Je me souviens d’une amie qui avait quasiment dîné le dos tourné à notre hôte. Bien sûr, ce n’était pas très poli, mais une façon, je crois de montrer à quel point cela pouvait nous être insupportable.