Mes doigts dessinent sur le sable…une étoile de mer. Rien de bien original, donc. Un léger dessin, qui sera bientôt effacé par la mer, recouvert par les marées successives. Qu’oublie-t-on ? Qu’est-ce qui s’efface de ce que nous vivons ? Nos blessures ? Quels souvenirs ?

 

Réminiscence du film de Lanzmann, Shoah, dans lequel parle un « ancien » (ancien ?) nazi : « tout cela, ce ne sont maintenant que de mauvais souvenirs ». Comme si l’horreur, quelle qu’elle soit, pouvait ainsi s’oublier.

 

Exposition en Arles (Without sanctuary), lynchages de Noirs aux Etats-Unis, photographiés à l’époque « pour la gloire » et envoyer des cartes postales à ses amis…Pas vu l’exposition, qui a l’air de poser problème dans sa présentation. Mais à  l’opposé, j’ai beaucoup apprécié le travail du photographe et historien de l’art Gonzalès-Day présenté au Palais de Tokyo (juillet 2009), qui, à partir d’une de ces cartes postales justement, en en effaçant le figuré, fait réfléchir à ce que l’on accepte – ou non – de voir.

 

A quel moment le fait de voir (et quoi, c'est-à-dire ce que nous voyons) fait de nous des complices de l’horreur, ou au contraire nous positionne de manière à ce que nous dénoncions ce que nous voyons ?

 

Nous ne pensons pas suffisamment, il me semble, à ce que peut représenter le regard que nous portons sur ce que nous voyons. Le regard, pourtant, véhicule une grande partie de nos conceptions et de nos jugements, positifs ou négatifs, sur les êtres. Il les conditionne même souvent, que nous en soyons ou non conscients.

 

En outre, voir, ou détourner le regard, a bien à voir avec la mémoire. Avec les mémoires. ; par conséquent avec l'histoire. Une autre façon d’en penser les devoirs, ici, maintenant. C’est aussi ce qui m’importe.

Quelle politique pour nos regards. Et il me semble que l'écriture a à voir avec cela.