Il s’est produit une chose qui me surprend un peu, cette année, pendant ces quelques jours. En général, lorsque je viens ici, je lis énormément et je peins. Or, cette fois, je n’ai pratiquement fait qu’écrire. Un peu comme s’il me fallait dessiner en creux ce qui se vit autrement en grand jour, comme s’il me fallait chercher à cerner les contours invisibles des événements visibles, qui se produisent. Lire, dessiner/écrire, fabriquer des images, danser. Comme si ces activités pourtant distinctes ne faisaient que construire la figure d’un même puzzle, un puzzle mouvant, vivant…dont la figure ultime n’existe sans doute pas, puisqu’il s’agit toujours de saisir quelque chose du monde…

 

J’ai ressenti ce temps comme de « vraies » vacances…au sens où le mot « vacance » désigne un état de disponibilité particulier, et de plaisir.

 

Un moment qui fait totalement contraste avec ceux, il y a plusieurs années, où j’ai eu l’impression de m’être transformée en une sorte de voyante ou de pythie. Il me semblait entendre des voix, devenir ce que pensaient les gens, pour un peu, je me serais mise à prédire l’avenir. Je continuais à penser, mais j’avais du mal à distinguer le vrai du faux…l’imaginaire ayant sans doute pris un peu trop de place, entré en outre comme par effraction…Oui, j’étais un peu folle pendant ce temps-là. J’avais perdu beaucoup de mes repères, il m’a fallu tout reconstruire.

 

Puis, cela s’est atténué, comme si les mots étaient venus habiter ces espaces presque délirants qui s’étaient fait jour. Depuis, les mots n’ont pas cessé de m’habiter. De me hanter parfois. Ce sont eux qui m’ont fait lever le matin. Eux qui m’ont permis de continuer à avancer, même sur des chemins tortueux. Pas les mots pour les mots, bien sûr, quoique. Mais tous ceux échangés, prononcés, tous ceux qui permettent de sortir d’une aphasie singulière ou collective. Tous les mots qui permettent de « toucher » la pensée, dans tous les sens du terme, c’est-à-dire sensible aussi. (Je n’aime pas cette façon de voir qui veut toujours distinguer « l’intelligence » des choses du sensible. Il me semble que ces deux aspects doivent, non pas se confondre, mais s’entendre et dialoguer l’un l’autre). D’en dire quelques mouvements, ou quelques ondes, ou trajectoires. Tous les mots qui créent un dynamisme propre à faire exister, faire advenir.

Peu à peu, cependant, un autre dynamisme me rattrape, qui annonce le retour...