Saisir quelque chose du temps qui passe...se sentir, malgré tout, à une perception absolue du temps...la mort ? l'éternité ?

La mort, peut-être, oui. Période "anniversaire" d'une mort réelle. La sensibilité est à vif, le corps à cran. "Je voudrais cesser de mourir", dit-elle dans un souffle. Comme un passage de relais aussi, de la mort à la vie. De la vie obstruée à la vie tout court. Mort de la mère. Cordon ombilical déjoué. Rejoué. A l'infini d'où les douleurs. Comme un accouchement de soi qui n'en finirait pas. 

Quelque chose de la vie, nerveuse, musculeuse, s'est aussi ouvert. Comme si cette fois le lien maternel avait commencé à pouvoir se transformer, se métamorphoser en lien de vie. Non, il n'y a pas d'avant ni d'après, mais seulement ce qui s'entortille, dans tous les sens, autour et dans ce fameux cordon

 

coupé. Bien sûr, le cordon est coupé. Et il s'est même reconstruit ailleurs, là où la vie perdure, féconde...se révèle à nouveau dans toute sa splendeur moirée...

 

Tout est lié et délié à la fois. Un peu comme tout fut espéré et haï à la fois. Noué pour tenir, noué pour résister, mais noué à se détruire. 

Les éléments se mettent en place pas à pas, il n'y pas à tortilller. Et certaines se défont. Pour mieux se renouer autrement, ou s'éloignent définitivement. Sans animosité. C'est le cours lent de l'eau qui court. 

En soi. Hors soi. Sans pour autant (toujours) se noyer. Parfois tout de même. Jusqu'à la déchirure qui rapplique, ventre à terre et vous terrasse un instant. Jusqu'à ce que l'eau coule à nouveau, plus apaisée. 

Moins de larmes. Encore l'écriture du désastre pour échapper au désastre. La mort est un poison vengeur. Il faut beaucoup de mots pour l'endiguer. Mais les mots existent. Blessent et suturent, comme les pensées qu'ils charrient et déversent.

Je ne sais pourquoi, le goût des lacs n'a jamais remplacé celui de la mer. Il suffit pourtant parfois de l'eau qui coule pour maintenir la vie, continuer à en enchevêtrer déchevêtrer les fils qui la font vivre. Qui la font exister. Qui nous la font aimer.