Louise, l'atelier

blog plastique et poétique - présentation de mon travail - écriture, dessin, peinture et autres images - ainsi que quelques réflexions à propos de tout, de rien et d'autres choses...

15 novembre 2007

L'arche de tous les dangers

L’arche de tous les dangers

Cette affaire ne cesse de me hanter.
Je cherche à comprendre plutôt qu’à accuser. Mais je suis en colère. Je ne souhaite pourtant qu’une chose, c’est que la justice soit rendue le plus justement possible, et qu’elle éclaire les zones d’ombre, voire rectifie les erreurs possibles. Mais aussi que cette affaire, au-delà du scandale qu’elle a provoqué devienne matière à réflexion.

Je suis moi-même l’heureuse maman d’une petite fille adoptée et je ne peux pas imaginer que l’on puisse se sentir dans son droit en enlevant des enfants à leurs parents, au prétexte de les sauver. D’autant que ces personnes n’avaient rien demandé et qu’on leur a menti en leur disant que leurs enfants allaient rester au Tchad, ce qui était faux.

Comment parler dès lors d’autre chose en effet que « d’enlèvement d’enfants » ?
L’expression est violente, comme l’acte qu’elle désigne. Acte qui par définition ne peut se révéler que contre-productif pour l’enfant puisqu’on est alors censé agir dans son intérêt au mépris de ce qu’il est, et par conséquent, pour une bonne part, deviendra.

Plus j’y pense, plus c’est par ce mépris, justement, des lois et d’un peuple, que je suis choquée. Car cela m’apparaît comme l’autre face d’une bonne conscience, plutôt que d’une réelle conscience des dangers encourus par ces enfants : il faut l’admettre, la justification des bonnes intentions  ne tient pas dès lors que ces enfants étaient avec leurs parents et manifestement pas en situation d’urgence.
Mais alors au nom de quoi peut-on se permettre de bafouer les lois et de déconsidérer ainsi les personnes à qui l’on enlève ces enfants ? Et comment peut-on  imaginer un seul instant que cela puisse servir un objectif humanitaire ?

De tels actes tendent à disqualifier le travail fait par les associations et organisations qui se battent chaque jour dans le respect de la légalité, - avec tout le courage, la patience et la détermination sur le long terme que cela requiert, - pour sauver des enfants réellement en danger.
Cela ne peut également que nuire à ceux aussi qui se battent pour faire progresser des relations diplomatiques fondées sur la confiance et non sur les fantasmes de supériorité issus de la mentalité coloniale, à ceux enfin qui se battent chaque jour pour que l’adoption internationale se fasse dans le respect des droits et des cultures respectives.

Comment imaginer qu’en violant les lois, et sans respect des êtres qui ont mis au monde ces enfants, sans respect, par conséquent, pour ce qu’ils sont, pour leur identité profonde, l’on puisse construire quoi que ce soit avec eux, pour eux ? Et le fait de vouloir « sauver » n’y change rien. Il n’excuse pas ce rapport de domination d’une culture ou d’un pays envers un autre instauré de facto par tels actes.

Est-ce ce type de relation, fondée sur la domination, même maquillée en « sauvetage », des uns sur les autres qu’il s’agit d’instaurer en général, et dans le cas de l’adoption en particulier ?
Est-ce cette relation qu’il faut mettre en place lorsque l’on souhaite construire une famille ?

Le type de démarche proposée par l’Arche de Zoé n’avait d’ailleurs rien à voir avec celle qui peut aboutir à une adoption, ni sur le plan légal, ni sur le plan moral, même si cet objectif fut dans un premier clairement annoncé, et resta par la suite implicitement présent (sinon, quelle suite à cette « évacuation » pouvait-elle être envisagée dans ce contexte ?).
Dans l’adoption (mais comme dans toutes les relations qui rapprochent les êtres et les peuples, a fortiori lorsque des cultures différentes sont ainsi reliées), le rapport, dans toute sa complexité, à la culture d’origine de l’enfant ne doit, ni ne peut, être effacé d’un coup de gomme ou de « baguette magique », sous peine que l’enfant se retrouve en situation de grave déséquilibre : ce serait, pour lui, purement et simplement effacer une partie de lui-même, dont il a besoin pour se construire (et qui risque bien sûr de resurgir d’une manière problématique).
L’on se doit donc de tenir compte pour lui, de considérer dans son intérêt propre, - au sens fort du terme (respect, compréhension des enjeux historiques et sociaux qui déterminent pour une bonne part le présent et l’avenir) -, ce qu’il est, pour espérer construire une vie et un avenir équilibrés.
De fait, la conjonction (articulation), entre histoire personnelle et Histoire existe, elle nous « écrit » et nous détermine, faisant de nous ce que nous sommes (et ce que nous ne sommes pas) tout autant qu’elle se manifeste dans les relations que nous choisissons de construire, et influe dans la manière que nous avons de les mettre en place. Il serait vain et il est dangereux de vouloir l’oublier…tant sur le plan personnel que sur celui de l’évolution de nos sociétés où ces questions identitaires, lorsqu’elles sont mises en tension au lieu d’être apaisées en étant reconnues, deviennent le terreau de conflits).

L’adoption est l’occasion d’une rencontre entre un ou des parents adoptants et un enfant, qui, dans le meilleur des cas, deviendra lui-même un adulte riche de son histoire. Histoire pour une part douloureuse (elle procède toujours d’une forme d’abandon), mais aussi empreinte d’un autre regard sur le monde que sa présence suscite, provoque et en quelque sorte « impose », pour son bien et le nôtre…

Adopter un enfant, c’est avoir le désir de le chérir, de le voir grandir, de l’éduquer, de lui donner les moyens de construire sa vie, de s’épanouir, d’être heureux. C’est une responsabilité sur le long terme que l’on prend parce que l’on a de l’amour à donner, un désir d’amour à partager, par désir de construire une famille.
Bien sûr, en adoptant, l’on peut avoir ce désir de « sauver » un enfant, mais je pense qu’il est aussi essentiel de rester très modeste face à cela. En adoptant, on devient parent, pas « sauveur ». Et il ne faut pas confondre.

Ce n’est qu’ainsi que cette rencontre, porteuse de toutes les merveilles possibles, pourra les révéler.

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07 mars 2007

Performance

Sommes-nous dans une société de la performance ? Oui, sans aucun doute dans la mesure où, les inégalités s'aggravant sans cesse, il y a de moins en moins de place pour celles et ceux qui ne sont pas suffisamment "performants" et qui n'entrent pas de plein pied et à deux mains dans la jungle de la concurrence. Pour survivre, il est donc difficile d'échapper aux lois du marché qui régentent de plus en plus nos vies quotidiennes, à moins de vivre résolument en marge, sans toujours savoir comment puisque cette société qui en appelle à la performance crée ainsi autant de victimes que de "perdants", qu'elle évince impitoyablement de ses rouages.

Cependant, la question est de savoir si, lorsqu'on est "perdant" dans ce sens-là, on l'est véritablement, ou si au contraire, on survit (ou vit ?) mieux en échappant à un système broyeur, brutal et pernicieux... le problème étant en premier lieu d'être en capacité de survivre et vivre. Or quelles sont les données qui définissent ces capacités, si ce n'est, le plus souvent, celles qui évincent ?

Que perdons-nous, qu'y a-t-il à perdre, que cherchons-nous à gagner ? sont donc de véritables questions, que l'on ne peut néanmoins pas toujours se poser lorsqu'on se trouve en position de victime, faut de distance suffisante, d'autant qu'il est malheureusement facile d'en avoir honte (indépendamment des torts que l'on peut avoir ou non) dans un système qui dévalorise ceux qui sont en position de faiblesse.

On peut cependant se demander s'il n'existe pas d'autres manières, alternatives, de s'inscrire dans le tissu social, qui n'obligent pas à se plier à toutes les lois - et à celles qui nous paraissent les plus brutales, sans pour autant vivre absolument (ou radicalement dans la mesure où il s'agit d'un choix...) "en dehors" , c'est-à-dire dans le champ de ce que l'on appelle "l'exclusion sociale", et tenter de construire et développer ces solutions.

Mais quelle voie choisir lorsque la possibilité même du choix n'apparaît plus ?

Quelles solutions trouver ? Quelles vies sont-elles possibles en dehors de la concurrence acharnée, celle conçue non pas pour avancer, en respectant les règles et les autres, en considérant les gens autrement que comme des valeurs marchandes ?

Je ne dis pas bien sûr qu'il faut pour autant s'acharner à faire "moins", pour ne pas alimenter ce système, quoique...je pense à certaines processus de "grève interne", de blocage "économique" et psychique internes, qui se mettent en route en lieu et place de processus de construction vers le réel des autres, lorsque la pression est trop forte...Quelle place accorder à cela lorsqu'il faut, simplement, continuer à vivre ?

Je me dis aussi qu'il est important, essentiel, de savoir ce que l'on considère comme "fort", et "faible", de se souvenir qu'une société doit protéger les plus faibles, y compris économiquement, si elle veut mériter le nom de "société.

En quoi consistent donc les performances que la société, nous, exigeons-nous de nous-mêmes ?
A quelle aune les mesurons-nous ? que sommes-nous capables de supporter ?

Jusqu' où pourrons-nous supporter de nous regarder en face si nous ne réagissons pas, si, au moins, nous ne nous posons pas ces questions ?

Et aussi, comment être partie prenante de la société que nous refusons ? Comment refuser ce que nous ne voulons pas sans pour autant nous exclure aussi radicalement que ce que nous refusons le voudrait sans doute ? Ne pas s'auto-exclure ?

Le mot performance revêt un autre sens sur le plan artistique. Enfin d'autres sens. Mais disons qu'il implique le corps, l'espace et le temps en les confrontant (ou non) aux limites du'une situation donnée. Si le terme pose la question des limites, il me semble aussi digne d'intérêt parce qu'il pose les fondamentaux de ce qui constitue la personne humaine, son identité. A contrario me semble-t-il de ce que demande le plus souvent la société lorsqu'elle fonctionne presque exclusivement au carburant "argent".

Quels moyens avons-nous alors à notre disposition pour enrayer, réduire, résoudre les processus de destruction déjà bien engagés à l'échelle collective ?

porte

Posté par louisebrun à 13:58 - société - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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