Louise, l'atelier

blog plastique et poétique - présentation de mon travail - écriture, dessin, peinture et autres images - ainsi que quelques réflexions à propos de tout, de rien et d'autres choses...

21 août 2009

Journal de vacances...à propos de

Voilà, ce journal est terminé. Ma contrainte d'été était d'écrire un texte par jour pendant quinze jours, c'est fait.
Merci à ceux qui m'ont lue, à ceux qui me liront. N'hésitez pas à laisser des commentaires ou à m'écrire si vous le souhaitez. J'espère que vous avez passé un bel été.

A bientôt !

Louise

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20 août 2009

Journal de vacances (Récit, 14)...sur 15...

Il s’est produit une chose qui me surprend un peu, cette année, pendant ces quelques jours. En général, lorsque je viens ici, je lis énormément et je peins. Or, cette fois, je n’ai pratiquement fait qu’écrire. Un peu comme s’il me fallait dessiner en creux ce qui se vit autrement en grand jour, comme s’il me fallait chercher à cerner les contours invisibles des événements visibles, qui se produisent. Lire, dessiner/écrire, fabriquer des images, danser. Comme si ces activités pourtant distinctes ne faisaient que construire la figure d’un même puzzle, un puzzle mouvant, vivant…dont la figure ultime n’existe sans doute pas, puisqu’il s’agit toujours de saisir quelque chose du monde…

 

J’ai ressenti ce temps comme de « vraies » vacances…au sens où le mot « vacance » désigne un état de disponibilité particulier, et de plaisir.

 

Un moment qui fait totalement contraste avec ceux, il y a plusieurs années, où j’ai eu l’impression de m’être transformée en une sorte de voyante ou de pythie. Il me semblait entendre des voix, devenir ce que pensaient les gens, pour un peu, je me serais mise à prédire l’avenir. Je continuais à penser, mais j’avais du mal à distinguer le vrai du faux…l’imaginaire ayant sans doute pris un peu trop de place, entré en outre comme par effraction…Oui, j’étais un peu folle pendant ce temps-là. J’avais perdu beaucoup de mes repères, il m’a fallu tout reconstruire.

 

Puis, cela s’est atténué, comme si les mots étaient venus habiter ces espaces presque délirants qui s’étaient fait jour. Depuis, les mots n’ont pas cessé de m’habiter. De me hanter parfois. Ce sont eux qui m’ont fait lever le matin. Eux qui m’ont permis de continuer à avancer, même sur des chemins tortueux. Pas les mots pour les mots, bien sûr, quoique. Mais tous ceux échangés, prononcés, tous ceux qui permettent de sortir d’une aphasie singulière ou collective. Tous les mots qui permettent de « toucher » la pensée, dans tous les sens du terme, c’est-à-dire sensible aussi. (Je n’aime pas cette façon de voir qui veut toujours distinguer « l’intelligence » des choses du sensible. Il me semble que ces deux aspects doivent, non pas se confondre, mais s’entendre et dialoguer l’un l’autre). D’en dire quelques mouvements, ou quelques ondes, ou trajectoires. Tous les mots qui créent un dynamisme propre à faire exister, faire advenir.

Peu à peu, cependant, un autre dynamisme me rattrape, qui annonce le retour...

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10 août 2009

Journal de vacances (Récit, 4)

Soleil plombant aujourd'hui, mais agitation intérieure. Température de l'eau ? Je ne sais pas. Pourtant, y penser me fait me souvenir de cette époque, où enfant, je tenais un relevé quotidien, bi-quotidien, même, de la température de l'eau et de l'air. Je m'aidais du relevé établi par les CRS sur la plage, le matin et l'après-midi et traçais de beaux graphiques, très soignés, sur papier millimétré, que je collais ensuite dans un petit carnet. Mes carnets d'été. Je n'y racontais rien, alors. Enfin si, peut-être. Ils étaient en tout cas une occupation quotidienne que j'appréciais particulièrement. J'aime beaucoup les papiers millimétrés.

 

Agitation intérieure, donc. Mauvaise nuit. Insomnie. Ça arrive, bien sûr. La peau un peu brûlée par le soleil de la veille. Bêtement, je ne me suis pas méfiée. Pas mis de crème, illusionnée par le vent qui dissipait la chaleur.
Nuit angoissée.

 

Dans ces moments-là, ce qui gronde à l'intérieur de moi, c'est un vente de révolte. Révolte contre une certaine marche du monde, qui assassine toujours les plus faibles. Je sais, en vacances, au soleil, je suis censée penser à autre chose. Mais non, en fait. Ce sont aussi des moments, particulièrement "vacants" où des pensées aiguës comme des scies me traversent. Peut-être est-ce tout simplement le moment de les accueillir, d'y penser pour en penser quelque chose de plus construit et, qui sait, de plus efficace pour lutter contre les marasmes toujours possibles. Mais que faire contre la marche du monde ? Rien. On ne peut que là et là, parfois, un petit peu. Modestement. Faire quelque chose. Et continuer, sans doute, à essayer de se tenir debout sans trop déroger à ce qui nous permet de continuer à être.

 

C'est déjà ça après tout. Et ici, la violence calme, existentielle, de la mer est plutôt rassurante. Elle contrebalance un peu les maux du monde ressentis ou éprouvés. Mais elle ne les efface pas. Tant mieux. A sa manière, elle contribue à sa manière à maintenir cet état de veille, à l'intérieur de soi, si précieux pour se sentir être. Se rendre capable d'être avec d'autres aussi. D'avancer sur des chemins où la solitude est détrônable. De penser et d'être dans le langage, loin d'une aphasie parfois tentante, qui tenterait de laisser le reste derrière soi..."après moi le déluge", chose que je déteste.

 

De la musique. Désir de musique, classique surtout, en tout cas en ce moment. Opéra ou musique de chambre. Mozart ou Vivaldi. Nono ou Scelsi. Laisser les mots se taire et s'adoucir, revenir à eux-mêmes...Se permettre d'écouter ce qui en soit, chante, ne serait-ce qu'à peine.

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17 décembre 2008

Là où l'espace ne chute pas

Crise. Malheur. Nerfs en feu, en boule, en crise. Les mots me rejettent, il me refoulent, me désespèrent et ils m’empêtrent. Ces mots qui m’assassinent, me violentent, me torturent et me haïssent. Ces mots qui me malmènent le corps, le pétrissent, le sadisent, le violent pour ainsi dire, le calment, le rendent inerte, l’agitent, le bouleverse, le tuent de l’intérieur. Ces mots qui m’ont brûlée vive, sacrifiée sur l’autel des victimes expiatoires. Ces mots qui m’ont nommée, désignée, aimée, caressée pour mieux me happer et me détruire, ces mots qui m’ont piégée en somme. Dès le départ. Ceux qui frôlent mon cœur chaque jour, me détruisent ou me rendent ivre de bonheur, me sapent ou me raisonnent, les mots la langue sont mes meurtriers, mes assassins et ce sont eux qui me font respirer, vivre, bouger, marcher…voire exister. Très certainement exister.
Pour le moment, ils me harcèlent sans me laisser respirer. Ils agissent en moi comme des flèches assassines, me percent, entament ma chair laissant d’invisibles et multiples traces, puisant dans les douleurs anciennes pour en extirper leur venin et rouvrir les souvenirs infects. Je les avale, je les recrache, ils m’enveloppent et m’enserrent, parfois se transforment et métamorphosent quelque chose sur leur passage,
Un éclat de brillance, une fulgurance vivante, quelque chose qui se perd, autre chose qui éclot

« être attentif à ce qui croît », comme un mot d’ordre, alerte rouge à l’intérieur ou au contraire, signal d’une détente possible en ce corps convulsé de mots

comme hanté de morts, fantômes étranges contre lesquels il faudrait se battre sans jamais avoir le dessus, perte indicible

et ce qui renaît à la vie.

Les mots me trahissent-ils ? Ou bien est-ce que ce sont les morts que mon corps abrite malgré moi ? Ont si longtemps habité à mon insu ? Ces souvenirs qui ne m’appartiennent pas et sont pourtant là, enfouis dans ma chair, dans mon ventre. Mais pourquoi ???? crie-t-elle dans un moment de folie sans issue, dans un moment où les mots ne suffisent tout simplement pas, ou peinent à dire, ou n’existent pas encore, ne sont pas

Là.

Là où l’espace ne chute pas. Là où.

Je ne sais pas ce que les mots trahissent de moi ou non. Je sais seulement que c’est l’amour des mots qui me porte. Qui porte mon corps. Même en le gauchissant. Même en tentant constamment de l’annihiler d’en prouver une sorte de non-existence…
Violence intérieure. Quelque chose du déchirement. D’un déchirement perçu comme organique. Seulement organique.
Mais pour l’heure, je ne sais pas même plus ce qu’est l’amour des mots, ils me rejettent à moins que ce ne soit moi. La faille est là. Parce que partout pourtant j’écris sans cesse. Parce que partout pourtant j’écris sans cesse, mais loin de me retrouver, il m’arrive de me perdre encore plus. Les mots m’emportent, là où je ne suis peut-être pas encore, ils me précèdent, mais je me sens parfois perdue, détresse, perdue, comme chutant dans l’abîme des morts.

Pourtant je suis vivante. Là où l’espace ne chute pas.

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