10 août 2009
Journal de vacances (Récit, 4)
Soleil plombant aujourd'hui, mais agitation intérieure. Température de l'eau ? Je ne sais pas. Pourtant, y penser me fait me souvenir de cette époque, où enfant, je tenais un relevé quotidien, bi-quotidien, même, de la température de l'eau et de l'air. Je m'aidais du relevé établi par les CRS sur la plage, le matin et l'après-midi et traçais de beaux graphiques, très soignés, sur papier millimétré, que je collais ensuite dans un petit carnet. Mes carnets d'été. Je n'y racontais rien, alors. Enfin si, peut-être. Ils étaient en tout cas une occupation quotidienne que j'appréciais particulièrement. J'aime beaucoup les papiers millimétrés.
Agitation intérieure, donc. Mauvaise nuit. Insomnie. Ça arrive, bien sûr. La peau un peu brûlée par le soleil de la veille. Bêtement, je ne me suis pas méfiée. Pas mis de crème, illusionnée par le vent qui dissipait la chaleur.
Nuit angoissée.
Dans ces moments-là, ce qui gronde à l'intérieur de moi, c'est un vente de révolte. Révolte contre une certaine marche du monde, qui assassine toujours les plus faibles. Je sais, en vacances, au soleil, je suis censée penser à autre chose. Mais non, en fait. Ce sont aussi des moments, particulièrement "vacants" où des pensées aiguës comme des scies me traversent. Peut-être est-ce tout simplement le moment de les accueillir, d'y penser pour en penser quelque chose de plus construit et, qui sait, de plus efficace pour lutter contre les marasmes toujours possibles. Mais que faire contre la marche du monde ? Rien. On ne peut que là et là, parfois, un petit peu. Modestement. Faire quelque chose. Et continuer, sans doute, à essayer de se tenir debout sans trop déroger à ce qui nous permet de continuer à être.
C'est déjà ça après tout. Et ici, la violence calme, existentielle, de la mer est plutôt rassurante. Elle contrebalance un peu les maux du monde ressentis ou éprouvés. Mais elle ne les efface pas. Tant mieux. A sa manière, elle contribue à sa manière à maintenir cet état de veille, à l'intérieur de soi, si précieux pour se sentir être. Se rendre capable d'être avec d'autres aussi. D'avancer sur des chemins où la solitude est détrônable. De penser et d'être dans le langage, loin d'une aphasie parfois tentante, qui tenterait de laisser le reste derrière soi..."après moi le déluge", chose que je déteste.
De la musique. Désir de musique, classique surtout, en tout cas en ce moment. Opéra ou musique de chambre. Mozart ou Vivaldi. Nono ou Scelsi. Laisser les mots se taire et s'adoucir, revenir à eux-mêmes...Se permettre d'écouter ce qui en soit, chante, ne serait-ce qu'à peine.
15 mars 2009
KERNEL-the deep
KERNEL
ensemble électronique live
Eryck Abecassis _ Kasper T Toeplitz _ Wilfried Wendling
Cela s'est passé à l'Atelier 4, au 104, rue Curial à Paris. C'était un concert couché, comprenez, au lieu de rester assis pendant la durée du concert, l'idée était de s'allonger pour écouter. Possibilité d'être ainsi saisi, voire "balayé" ou emporté par la musique, les sons. Les épaisseurs plus ou moins denses de sons.
La musique. Ils étaient trois. Et la musique était partout. Des vagues, intérieures, plutôt, des cris lointains, l'approche des gouffres ou le presque silence. Des vibrations, des flux sonores, formant une sorte d'enveloppe sonore, plutôt opaque, plutôt dense. Des nappes sonores travaillées, ciselées dans leur densité même.
La musique est partout, dans l'espace de la salle et on dirait qu'elle peut porter nos corps, nos corps allongés, qui pèsent de tout leur poids sur le sol.
Image forte aussi, des maîtres d'œuvre, penchés sur leurs écrans.
Yeux fermés, ou pas. Corps détendus, ou non. Sensation de flottement, "d'embarquement". Nécessité de lâcher sur nos tensions pour se laisser traverser par les sons. Ne pas se durcir, une forme d'acceptation est à l'œuvre pour se laisser ainsi happer/enrouler/dérouler par les vents vibratoires, parfois contraires ou déroutants.
La musique comme expérience du corps. Le plus directement possible, pour ainsi dire, c'est-à-dire sans médiation aucune d'une mélodie ou de "quelque chose à quoi se raccrocher".
Quelque chose de l'expérience des limites, sans aucun doute.
De l'expérience des profondeurs. The deep.
Dans un temps suspendu. Dans un renversement surprenant de notre perception habituelle de l'espace-temps.
C'est beau. Très beau.
