Petit matin.

 

Je suis bien seule (je le suis souvent). La solitude, qui m’est souvent bénéfique, m’apparaît pourtant comme une fatalité.

 

Je ne parle pas de la solitude extrême, celle qui fait que l’on s’isole de plus en plus, jusqu’à plus soif, ou jusqu’à se perdre complètement, et qui équivaut à une sorte de suicide. Mon ivresse chronique de solitude est beaucoup plus mesurée. La plupart du temps, la solitude, une certaine forme de solitude, disons, agit sur moi comme un baume, qui me calme et m’apaise. C’est elle aussi qui me permet d’écrire, sans doute.

 

Pourtant, je la déteste souvent car je m’en sens un peu prisonnière.

 

De fait, cette solitude est relative, elle est souvent émaillée de belles rencontres. Là, je parle surtout de solitude « amoureuse », du fait d’être « séparé » de la personne que l’on aime et dont on désire plus que tout la présence.

 

Pendant plusieurs années, j’ai refusé de venir ici, dans cette maison de laquelle je me sentais en rupture. En réalité, c’est de ma famille que j’étais en rupture.

 

J’ai commencé à y revenir à la suite d’une autre rupture, qui m’avait mise à mal. Dans le même temps, j’y ai retrouvé ce goût d’y être « seule ». Mais j’ai le sentiment étrange d’aller de rupture en rupture, comme on va d’un endroit à un autre, aller et retour.

 

C’est pour cela que cette solitude, je la maudis aussi. Et je ne sais pas toujours comment me dépêtrer de ses méandres. J’ai parfois l’impression qu’elle m’a toujours accompagnée et qu’elle est ma compagne ma plus sûre. C’est quelque chose d’assez violent et ambigu, d’autant qu’elle n’empêche absolument pas l’amour. Enfin, je crois.

 

Je la recherche donc autant que je la rejette. Elle est un sujet récurrent de plainte. Pourquoi suis-je ainsi ? Je voudrais la briser sans la briser. En briser la chaine qui m’y retient, mais la garder comme un abri sûr, où l’on revient régulièrement sans forcément s’y enfermer.

 

Qu’elle soit comme un lieu sûr. Une pièce douce et suffisamment intime dans laquelle il fait bon se retrouver.

 

Je vais commencer la lecture de « Un don », de Toni Morrison.