Louise, l'atelier

blog plastique et poétique - présentation de mon travail - écriture, dessin, peinture et autres images - ainsi que quelques réflexions à propos de tout, de rien et d'autres choses...

28 juin 2008

Ce qui "fait forme" ?

Ce qui "fait forme" ? comme on parle parfois de ce qui "fait sens".
Formes nettes, ou informes. Ce qui est art est fait de formes, et pourtant, l'informe est aussi ce qui importe.
J'ai envie de dire, ce qui importe surtout.
Rien de pire qu'une forme vide, d'émotion, de sensation, de "sens" donc. Ou qui ne ferait que vider le matériau de son, ses sens. Pour que la forme vibre, il faut qu'elle naisse de l'informe, soit emplie d'informe, ait comme souffle l'informel.
C'est-à-dire ce qui émerge, vibre, sonde, puise
dans l'indistinction des sensations
s'en nourrit, ou tout simplement
rend visible.

La forme quelle qu'elle soit ne peut être que le "contour" rendu ou non visible de ce qui fait et défait le(s) sens, le déplace, le fait surgir, jaillir, apparaître.
La forme est une marmite et un état de la marmite où se cuisinent le sens et les sens.

Faire se défaire le(s) sens est tout le contraire de vider de son contenu. Il s'agirait plutôt de déconstruire pour reconstruire un tout petit peu ailleurs. Ou ailleurs.

Il n'empêche, il y a quelque chose de mystérieux dans l'apparition d'une forme. Quelque chose d'irraisonné, d'inconscient, d'irrationnel, ou à l'inverse de consciemment construit, mais qui s'impose. Voilà, la forme est quelque chose qui doit s'imposer. Celle-ci et pas une autre. Toute autre forme imposée serait un artefact.

La forme est donc parfois ce qui surgit des matières en fusion et qui s'impose, là, ici, maintenant, aussi longtemps que le regard et sa mémoire sont en mesure d'en percevoir les contours et ses empreintes.


Céramiques de Anne Verdier (exposition à Saumur, avril 2008)

Photos Louise Brun

fusion1


noir_mat

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24 août 2007

Anish Kapoor/ Svayambh

Exposition au Musée des Beaux-Arts de Nantes, jusqu'au 1er septembre.

Un bloc de cire rouge. Cire et vaseline mêlées.
Une sensation de poids immense. Et quelque chose qui coule, se défait progressivement, fond, laissant des scories. Scories de mémoire ? Scories sanglantes...traces qui semblant ineffaçables. Traces ineluctables d'un temps qui passe, presque invisible, mais qui passe.
La masse de cire rouge avance. Très lentement. Posée sur des rails eux aussi enduits de cire, elle circule dans un mouvement de va-et-vient d'une infinie lenteur, hypnotisante.
Il faut donc circuler autour de ce bloc de temps, ou de mémoire, pour en percevoir ce qui ressemble à des vitesses différentes, mais dont la vitesse n'est liée qu'à l'angle de vue ou à la perception subjective que nous avons du temps.
La masse, autour de laquelle nous circulons pourtant, est incontournable. Elle obsède celui ou celle qui la regarde qui se trouve saisi et happé par l'œuvre.
A certains moments, la masse cireuse coulissante entre dans une arche formée par l'architecture du lieu, s'y insère parfaitement, produisant pourtant sur le long terme un frottement formant coulures, traces, transformant, de manière presque imperceptible, l'œuvre. Le moment d'emboîtement fait événement, alors que le glissement continue, alors que rien d'autre ne se produit, dans cet écoulement temporel sans mesure
autre que son propre passage.

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20 juillet 2007

Persepolis

Je suis allée voir Persepolis et ce film m'a énormément plu, pour plusieurs raisons.

Outre le fait qu'il permet de mieux connaître et comprendre une partie de l'histoire de l'Iran, j'en ai aimé la forme. La liberté qu'a prise Marjane Satrapi de raconter des événements historiques par le biais de son histoire personnelle, ce qui nous fait mieux ressentir comment un "destin", ou une trajectoire de vie peut être façonnée, déterminée par l'Histoire.
C'est une des choses qui m'ont le plus touchée, je crois.
Comment les guerres, idéologiques, religieuses, et sans doute quelques qu'elles soient, peuvent provoquer l'errance, en causant des ruptures dans les vies individuelles, ces ruptures pouvant être de tous ordre, moral, familial, psychique, professionnel...et influent sur l'être même, sur son indentité et sa recherche d'identité.
Comment aussi l'être humain a en lui des capacités de réaction qui lui permettent (pas toujours) de se libérer ou de "faire avec" les fardeaux que lui impose, lui inflige, l'histoire.
Comment encore et toujours, pour ceux qui s'en sortent, les mots (et les images) permettent de transmettre une part du savoir ainsi acquis.

J'ai également aimé le traitement graphique des images, le travail sur le noir et blanc, pour un film qui n'est  pourtant pas manichéen.

C'est un film qui (re)donne de la force, de belles forces. fils2

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10 juillet 2007

Chute des étoiles (Sternenfall)

C'est le titre magnifique de l'impressionnante exposition d'Anselm Kiefer, qui avait lieu au Grand Palais (fin le 8 juillet).

Impressionnante par sa taille, par le lieu, sous la verrière du Grand Palais, qui permet un jeu de lumières éclairant on ne peut mieux l'œuvre du plasticien. Lumière naturelle comme on l'imagine sur la colline qui lui appartient et où il mène son travail, réunissant ciel et terre en un geste de construction esthétique à propos de la destruction. Donnant présence à la destruction sans réitérer le geste de détruire, ce qui est détruit devenant objet construit, donnant à voir, ressentir, comprendre ce paradoxe qui est au cœur des tragédies humaines, dont ici particulièrement, la Shoah.

Mais Kiefer ne se contente pas d'évoquer, il nous fait entrer dans un paysage dans lequel nous pouvons déambuler, nous arrêter, revenir, retourner, marcher, penser, sentir, sollicitant le "corps" entier de ceux qui regardent et entrent, s'immergent dans un espace mémoriel actualisé, présent, qui saisit et agit en nous par la force de la peinture, de la construction de l'espace, des matières et matériaux utilisés, tout autant que par la force des signes employés.

Sternenfall.

Et la lumière qui fond sur le chaos de pierres, de gravats, de métal, de barbelés.
Portes sans portes, ouvertes sur la béance du monde.
Palmier-dattier renversé, racines apparentes, tronc momifié, peint.
Herbier géant. Plantes stigmates. Perspectives terriennes, en terres, s'ouvrant vers la voie lactée.
Immenses tableaux et vestiges.
Matières. Pierres suspendues. Vitres brisées telles des pages devenues illisibles.
Celan. Bachmann, mais aussi Céline. Voyage au bout de la nuit, de l'enfer.

Sternenfall.

Tournesols noircis, carbonisés, que l'on dirait perchés, juchés au-dessus de
tout ce qui fut détruit.

Tout ce qui fut

Détruit.

sternenfall

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